VDL_RAPPORT_ANALYTIQUE_07_2021_10_12

DE SÉANCE DU VENDREDI 10 DÉCEMBRE 2021 FR 640 Étant donné que les déficits successifs se transforment en excédents, la Ville devient de plus en plus riche. Fin 2021, la Ville est assise sur 1.028 millions d’euros de réserves et d’excédents. A l’heure des taux d’intérêts négatifs, les banques risquent même de facturer à la Ville des taux d’intérêts négatifs de quelques centaines de milliers d’euros sur ses comptes en banque dans un avenir proche. Le groupe déi Lénk estime que cette manière de gérer les finances ne correspond pas aux besoins de la population. Je m’oppose ainsi à Madame la conseillère Bock et à Monsieur le conseiller Galles, qui trouvent qu’il est bon, ou plutôt qu’il n’y a rien à redire, d’accumuler des réserves et des excédents. Cette accumulation indique à mon avis que la Ville ne fait pas preuve de suffisamment d’initiative pour répondre aux besoins de la population. Nous sommes actuellement confrontés à une crise sociale comme nous n’en avons plus connue depuis la Seconde Guerre mondiale : la pauvreté et l’aggravation des inégalités se répandent massivement, la crise du logement en étant devenue le vecteur essentiel. Selon le rapport du Fonds de soutien au développement du logement, la Ville disposait fin 2020 d’un total de 1,04 logement social locatif pour 100 habitants. Par rapport aux quelque 62.500 logements sur le territoire de la capitale, les 756 logements sociaux de la Ville représentent environ 1,2%. Si l’on ajoute les logements locatifs sociaux du Fonds du logement (574) et de la SNHBM (208) sur le territoire de la ville, on arrive à 2,46%. Ce pourcentage me rappelle les statistiques intéressantes que Monsieur le conseiller Radoux a citées l’année dernière dans son rôle de rapporteur du budget. Il a comparé les investissements de la Ville de Luxembourg dans le logement locatif social, qui s’élèvent à 12,84 millions d’euros en 2019, aux investissements privés de 500 millions d’euros dans la construction de logements, ce qui a donné un résultat similaire de 2,5%. Par rapport au nombre total de logements sur le territoire de la Ville, un pourcentage de 2,46% de logements locatifs sociaux est totalement insuffisant. En conséquence de cette pénurie, les personnes à revenu normal qui ne peuvent plus se permettre de payer des loyers privés élevés - sans parler du financement d’un logement en propriété - sont chassées de la ville. Monsieur l’échevin Bauer avait indiqué, suite à ma demande de juin 2020, une liste d’attente de 550 personnes et 3 à 4 ans d’attente pour les logements sociaux locatifs de la commune. Les premières «assises sociales» de la Ville du 25 novembre ont clairement montré que le manque de logements sociaux est aussi un problème majeur pour ceux qui vivent dans la rue et pour les toxicomanes. Monsieur Bauer y a fait remarquer de manière pertinente que, je cite : «Une ville n’a de valeur que dans la mesure où elle s’occupe des personnes qui vont moins bien. » («Eng Stad ass nëmmen esou vill wäert, wéi se sech ëm déi Leit këmmert, deenen et net esou gutt geet »). Dans le cadre des tables rondes des «assises sociales», il a été souligné qu’outre une offre de sevrage suffisamment importante, il faut en premier lieu assurer les besoins de base via le principe «housing first », afin que les toxicomanes puissent retrouver le chemin de la vie normale. Nous avons besoin de beaucoup plus de logements «housing first ». Dans le cadre des «assises sociales», il a été souligné qu’il n’est pas nécessaire de disposer de logements de luxe. Nous avons également besoin d’une proportion beaucoup plus importante de logements sociaux et de logements à loyer modéré pour les familles et les jeunes, afin de garantir que même les personnes aux revenus normaux puissent encore vivre dans notre ville. Nous reconnaissons que la Ville construit actuellement plus de logements sociaux. Dans le budget 2022, 6,2% des dépenses extraordinaires sont prévus à cet effet. En 2020, ce chiffre était de 4,9%. Nous constatons également que la Ville a inscrit 40 millions d’euros pour l’acquisition de terrains. Nous y voyons un progrès. Dans une motion déposée par déi Lénk en 2015, qui a été rejetée, nous avions proposé un tel budget de 50 millions d’euros. Par rapport aux besoins, la politique d’augmentation timide du parc de logements sociaux appartenant à la Ville reste cependant totalement insuffisante. On en reste au «Gepléischters», on pratique une politique de la pauvreté, plutôt que de mener une politique sociale du logement visant à prendre en compte un nombre toujours plus grand de familles et de jeunes qui ne peuvent plus se payer un logement en ville. Dans sa conclusion, Madame la rapportrice du budget souligne que notre ville doit rester accessible à toutes les couches de la population. Nous sommes d’accord à 100% avec cette affirmation. Mais les conditions du marché de la construction de logements ne sont plus réunies depuis longtemps pour cela et la gentrification progresse à grands pas. La crise du logement a désormais atteint la classe dite moyenne. De plus en plus de jeunes familles, même si elles gagnent plutôt bien leur vie, doivent quitter la ville parce qu’elles ne peuvent pas consacrer 40% ou plus de leurs revenus au loyer, sans parler des personnes payées au salaire minimum! La création d’un minimum de 10% de logements locatifs publics sociaux dans la ville permettrait un mix social du marché du logement. Mais pour atteindre ce pourcentage, il faut une toute autre attitude et un autre engagement du collège échevinal. Et c’est précisément cette attitude et cet engagement qui ont été refusés par Monsieur l’échevin des finances Mosar lors de la première réunion de la commission des finances consacrée au budget. Monsieur Mosar y a souligné que la nouvelle loi «Pacte logement » créerait de nombreux problèmes pour les communes, du fait que les promoteurs devraient leur céder beaucoup de terrains. Les communes devraient alors construire et gérer des centaines de logements, ce qu’elles ne seraient pas en mesure de faire par manque d’argent, de personnel et de compétences. Au lieu de se réjouir que la construction de logements publics puisse désormais se développer à une plus grande échelle, Monsieur l’échevin Mosar noircit le potentiel. Il souhaite - et il parle probablement au nom de toute la majorité - que tout reste comme avant et que la politique actuelle de construction de logements publics au compte-gouttes se poursuive. Le collège échevinal est assis dans le train de banlieue, alors qu’il nous faudrait en fait un TGV pour nous rapprocher de la solution. Le groupe déi Lénk veut une ville pour tous. Il me semble toutefois que la majorité actuelle DP-CSV veut une ville pour les nantis, avec quelques aumônes pour les pauvres et les nécessiteux. Madame la rapportrice du budget reprend la même argumentation que Monsieur l’échevin Mosar. A la page 18 de son rapport, elle écrit, à propos du pacte logement 2.0, qu’il engendre une charge administrative et de nouvelles contraintes pour les communes, nécessitant du personnel et des ressources financières supplémentaires. Pourtant, avec plus d’un milliard d’euros de réserves et d’excédents et ses 4.366 fonctionnaires et salariés, la Ville de Luxembourg est, plus que toute autre commune du pays, bien dotée en moyens nécessaires. Dès lors, une nouvelle envergure de construction de logements publics devrait être possible. C’est une question de volonté politique que de fixer des priorités en matière d’investissements et de mettre en place un personnel doté des compétences nécessaires. Nous

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